Une juge fédérale de Californie a déclaré illégales les sanctions prises en février par l’administration Trump contre la start-up d’IA Anthropic. La magistrate estime que ces mesures visaient à punir l’entreprise pour ses critiques, non à parer à une menace réelle.
La juge fédérale annule les sanctions contre Anthropic
Le 27 août 2026, la juge Rita Lin, du tribunal fédéral de San Francisco, a donné raison à Anthropic. Les sanctions imposées par Donald Trump en février sont annulées. L’administration ne peut plus rompre ses contrats avec l’entreprise. La décision s’applique immédiatement. Le gouvernement peut faire appel, mais le ministère de la Justice n’a pas répondu dans l’immédiat.
Une motivation politique, pas une menace pour la sécurité nationale
Pour la magistrate, les mesures visaient à « faire un exemple » d’une entreprise jugée « arrogante ». Le gouvernement avait évoqué une perte de confiance après les critiques publiques d’Anthropic. Rita Lin a balayé cet argument. « L’invocation creuse de la sécurité nationale n’est pas un chèque en blanc pour punir ceux qui critiquent le gouvernement », écrit-elle dans sa décision de 59 pages. L’administration avait aussi abandonné sa thèse selon laquelle Anthropic pouvait modifier ses modèles à distance pour les rendre inopérants.
Cette décision ne règle pas tout. Une seconde procédure est en cours devant un tribunal fédéral de Washington. Elle porte sur l’exclusion d’Anthropic par le ministère de la Défense. Cette mise à l’écart reste en vigueur pour l’instant. Elle repose sur un texte du code des marchés publics fédéraux, non examiné en Californie mais contesté par l’entreprise.
Le refus d’Anthropic sur l’usage militaire de Claude à l’origine du conflit
Tout a commencé en février. Le Pentagone demande à Anthropic de lever certaines restrictions. Il veut utiliser le modèle Claude pour des attaques létales totalement autonomes et la surveillance de masse des Américains. L’entreprise refuse. Donald Trump réagit avec virulence. Il qualifie Anthropic d’entreprise de « la gauche radicale » et « hors de contrôle ».
Les mesures de rétorsion prises par l’administration
La riposte ne se fait pas attendre. Le ministère de la Défense annule tous ses contrats avec Anthropic. Il inscrit l’entreprise sur la liste des entités présentant un « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Ce statut interdit à tous les prestataires du Pentagone d’utiliser les produits d’Anthropic. Une mesure inédite, jusque-là réservée à des entreprises étrangères.
- ⚖️ Annulation immédiate de tous les contrats fédéraux
- 🚫 Inscription sur la liste noire du Pentagone
- 📉 Interdiction pour les sous-traitants d’utiliser Claude
- 🗣️ Accusations politiques contre la direction d’Anthropic
L’épisode a provoqué un choc dans la Silicon Valley. La start-up, fleuron de l’IA générative, a vu son avenir menacé. Dario Amodei, son patron, est devenu l’architecte de l’IA qui a osé s’opposer à Donald Trump.
Une collaboration ambiguë entre Anthropic et le gouvernement américain
Malgré le conflit, les liens ne sont pas rompus. Le ministère de la Défense continue d’utiliser les modèles d’Anthropic pour ses opérations classifiées. Ce sont les seuls outils habilités pour ces tâches. Une transition progressive est toutefois prévue. En mai, le Pentagone a conclu des accords avec tous les grands rivaux de la start-up, comme OpenAI ou Google.
Par ailleurs, Anthropic a donné accès au gouvernement Trump à son modèle le plus avancé, Mythos. Ce modèle était jusqu’ici réservé à une poignée d’entreprises partenaires. La juge Lin y voit une contradiction. « Rien de l’approche du gouvernement ne cadre avec une crainte authentique vis-à-vis d’Anthropic, qui serait un saboteur prêt à empoisonner son logiciel », note-t-elle.
Questions pour l’avenir de la régulation de l’IA
Dario Amodei assume sa position. Il refuse de revenir sur les restrictions concernant l’utilisation de Claude. « Cela ne vaut pas le coup de voir les démocraties triompher si elles utilisent ces moyens », a-t-il déclaré en juin. Ses détracteurs, nombreux dans la Silicon Valley, l’accusent de vouloir dicter ses conditions à l’exécutif.
Ce bras de fer soulève des questions plus larges. Jusqu’où peut aller la collaboration entre les entreprises d’IA et les gouvernements ? La sécurité nationale justifie-t-elle toutes les restrictions ? Des précédents existent dans d’autres domaines. La loi encadre déjà les systèmes de surveillance au bureau, comme le rappelle la réglementation sur les caméras en entreprise. De même, l’usage des fumigènes dans les stades est strictement limité, comme le montre l’encadrement juridique des fumigènes. Dans tous les cas, la justice rappelle que la sécurité ne se décrète pas au détriment du droit.
La décision de la juge Lin constitue un précédent judiciaire. Les entreprises d’IA peuvent désormais contester des sanctions politiques. Reste à savoir si le gouvernement fera appel. Anthropic, de son côté, affirme vouloir une collaboration productive avec le gouvernement pour mettre l’IA au service de la sécurité nationale. La bataille judiciaire, elle, est loin d’être terminée.

Ancienne consultante en sûreté pour des sites Seveso, dirige la rédaction du média et signe les enquêtes sur le marché de la sécurité connectée. Approche technique d’ingénieure, plume incisive.